Maître luthier · Mirecourt
Alain Carbonare
L’oreille, la main,la mémoire.
Maître luthier à Mirecourt depuis la fin des années 1980. Son atelier, au cœur de la ville, a signé plusieurs centaines d’instruments — violons, altos, violoncelles. À Mirecourt, il veille aussi sur la maison familiale de Jean-Baptiste Vuillaume, qu’il a sauvée de l’abandon.

Le parcours
Du musicien au maître luthier
À quinze ans, Alain Carbonare façonne sa première guitare dans l’atelier d’ébénisterie de son grand-père. Musicien avant d’être luthier — pianiste, arrangeur, compositeur — il reçoit en 1981 le Grand Prix du Disque de Montreux pour une création, Wurtemberg.
Puis le bois l’emporte. Il installe son atelier à Mirecourt, capitale française de la lutherie, et y fait naître ses propres instruments. Dans la même ville, il rachète et sauve la maison familiale de Jean-Baptiste Vuillaume, le « Stradivarius français » né ici en 1798.
Il a depuis signé plusieurs centaines d’instruments — violons, altos, violoncelles — dont beaucoup sont aujourd’hui joués hors de France.
« Quand le premier son retentit, c’est pour moi comme une naissance. »



Le geste · Alain Carbonare
La matière devient voix
La matière
Chaque instrument demande près d’un mois de travail, façonné au dixième de millimètre. Le bois — érables et épicéas longuement vieillis — est choisi avec un soin extrême.
La précision
Pour Alain Carbonare, l’instrument doit entrer en symbiose avec la conscience auditive du musicien : son affectif, sa sensualité, son moi spirituel.
L’écoute
La musique n’a pas pour finalité d’exprimer des sentiments : elle est sentiment. Le luthier doit mettre la musique dans la matière — transformer la matière inerte en matière vivante.
Mirecourt est une ville de lutherie depuis le dix-septième siècle. C’est là qu’Alain Carbonare a ouvert son atelier, et c’est là que naissent ses instruments : établi, gouges, moules, colle chaude, vernis préparés sur place.
Les grands interprètes
Des instruments joués par les plus grands
De l’établi de Mirecourt aux scènes internationales : Rostropovitch, Menuhin, Spivakov ont croisé le travail d’Alain Carbonare. Ces rencontres appartiennent à l’histoire du luthier ; elles éclairent les instruments, elles ne les remplacent pas.

Photographie dédicacée conservée dans les archives de l’atelier. 01Yehudi Menuhin
Été 1993, festival de Colmar. Vladimir Spivakov place entre les mains de Yehudi Menuhin un violon sorti quelques semaines plus tôt de l’établi de Mirecourt. Le violoniste l’essaie, puis le joue le jour même devant le public. Le 14 juillet, une lettre arrive à l’atelier : « Merci pour ce beau violon dont j’ai fait la connaissance il y a quelques heures. » Quelques lignes qui disent l’essentiel — un instrument neuf reconnu par l’une des plus grandes oreilles du siècle.

Rencontre autour du violoncelle, archives de l’atelier. 02Mstislav Rostropovitch
En 1997, pour les soixante-dix ans de Mstislav Rostropovitch, Alain Carbonare consacre une année à un violoncelle unique. Le maître l’essaie, en éprouve la puissance dans le grave et la clarté du chant. Onze ans plus tard, un second violoncelle naît des mêmes plans : deux instruments frères, nés d’une même exigence, que le luthier considère parmi les pages les plus hautes de son travail.

« Le violon revit à la maison Vuillaume » — coupure conservée par l’atelier. 03La Maison Vuillaume
À Mirecourt se tient encore la maison familiale de Jean-Baptiste Vuillaume. Menacée, elle a été rachetée et sauvée par Alain Carbonare, qui veille sur elle. Les instruments, eux, naissent dans son atelier, à quelques pas : la maison garde la mémoire, l’établi fait le son.
La nouvelle génération
Avec le violoniste et chef Vladimir Spivakov, directeur du Festival de Colmar où le luthier revient depuis le milieu des années 1980, le lien est ancien. En mai 2016, Alain Carbonare se rend à Oufa avec sa fille Mazarine pour le premier Concours international de violon Vladimir Spivakov : deux violons sortis de leur atelier y restent, remis à de jeunes lauréats. Ses instruments ont aussi été fabriqués pour des musiciens de l’orchestre accompagnant Céline Dion.
« Les instruments qui naissent entre tes mains sont remplis de lumière, d’âme et d’amour. »

תיקון עולם
La création sculptée — Tikoun Olam
À côté des instruments joués, l’atelier a produit des compositions sculptées, où les formes de la lutherie deviennent objet d’exposition.
Ces sculptures portent le nom de Tikoun Olam. Un violon brisé et un violon réparé y sont réunis sur un même socle ; dans la version à trois instruments, le troisième représente l’enfant, la transmission. Elles existent en véritables instruments de bois ou en bronze.
L’archive ci-contre montre la composition à trois instruments. Ces œuvres sont offertes à des artistes, des mécènes et des fondations ; les pièces et leurs destinataires ne sont pas détaillés ici.
La transmission
Le métier ne se transmet pas par un texte. Il se transmet par la présence : un établi partagé, un geste repris, une erreur corrigée à voix basse. À Mirecourt, sa fille Mazarine travaille à ses côtés dans l’atelier.
C’est cette continuité que L’Édifice Éternel prolonge auprès de jeunes artistes et de jeunes luthiers, en reliant l’atelier, les instruments prêtés et les scènes où ils sont joués.
Alain Carbonare · Mirecourt
Une carrière à travers les pages
L’atelier de Mirecourt, la maison Vuillaume sauvée, les virtuoses, le violoncelle de la liberté, les musiciens de l’orchestre de Céline Dion : les coupures conservées par le luthier prolongent le récit, sans se substituer aux instruments.